
Notre association locale, comme d’autres de Que Choisir, a été questionnée par des consommateurs victimes de freinages fantômes de la part de leur véhicule, et se demandant de quels recours ils disposaient face à ces situations. Par ailleurs un « Collectif freinages fantômes », créé en août sur facebook, recense déjà plusieurs centaines de témoignages d’automobilistes victimes de ce phénomène qui semble toucher toutes les marques.
Qu’entend-on par freinage fantôme ?
Si votre véhicule est équipé d’un régulateur de vitesse adaptatif, ou ACC (pour Adaptive Cruise Control), ainsi que du freinage automatique d’urgence, ou AEB (pour Automatic Emergency Braking), ce système d’aide à la conduite, s’il détecte un obstacle à l’avant de votre véhicule en roulement, va s’enclencher automatiquement et procéder à un freinage d’urgence. En pratique, il améliore la sécurité des consommateurs en réduisant le nombre ou la gravité des accidents de la route. Mais ce qui peut être perçu comme une assistance utile à un conducteur distrait ou aux réflexes un peu lents devient problématique quand l’AEB détecte un faux obstacle (on parle de « faux positif ») et freine sans raison.
Les conséquences peuvent être sérieuses en cas de choc avec un véhicule qui vous suit, voire dramatiques. De nombreux cas ont été reportés (voir par exemple un article dans le n° 652 de décembre de 2025 de Que Choisir ou sur quechoisir.org (article réservé aux abonnés)). Ce genre d‘incidents risque de se multiplier car l’AEB est obligatoire depuis juillet 2022 sur les nouveaux modèles automobiles, et depuis juillet 2024, sur tous les véhicules neufs. Plus largement, la prolifération dans les nouveaux modèles, des systèmes d’aide à la conduite ou ADAS (Advance Drive Assistance Systems), avec en ligne de mire le « rêve » de la voiture autonome, va se traduire par des incidents ou accidents de natures diverses, ce qui conduit d’ailleurs certains constructeurs à mettre la pédale douce sur le déploiement, dans leurs modèles, de certains ADAS.
Alerté par la multiplication des freinages fantômes, le Ministère des Transports a lancé une enquête en s’appuyant sur le service à compétence nationale SSMVM (Service de Surveillance du Marché des Véhicules et des Moteurs) et a mis en ligne sur le site du SSMVM depuis le 22 octobre un questionnaire que tout propriétaire d’un véhicule victime d ‘un freinage fantôme est invité à remplir. A noter que sur le site du SSMVM on peut aussi signaler tout dysfonctionnement technique concernant un véhicule dont les airbags Takata.
Comment expliquer ces freinages fantômes ?
L’AEB est une aide à la conduite conçue pour prévenir ou atténuer une collision, grâce à l’utilisation de capteurs (radars, caméras, lidars) capables de détecter tout obstacle devant le véhicule. Au vu de ce type d’équipement et des situations rapportées, plusieurs hypothèses expliquant les dysfonctionnements peuvent être avancées :
- Un mauvais calibrage des instruments qui détecteraient des obstacles qui ne sont pas forcément à l’avant du véhicule. Cette mauvaise vision peut être aussi due à des interventions sur le véhicule suite à un accident ou autre (changement de pare-brise, équilibrage des roues,..)
- Des salissures sur les équipements de l’AEB
- Des bugs logiciels d’autant plus possibles que l’électronique embarquée dans les véhicules devient de plus en plus complexe
- Des conditions météo qui perturbent la vision des équipements, une chaussée dégradée, …
L’extrême sensibilité des équipements de l’AEB implique qu’une vigilance spéciale y soit apportée. Pour le conducteur, cela suppose qu’il soit suffisamment formé à leur usage et entretien lors de l’acquisition du véhicule, ce qui n’est pas forcément le cas, et qu’il lise attentivement la notice technique, notamment pour savoir comment garder le contrôle du véhicule en cas de freinage. Après un accident, changement de pare-brise, de pneus et rééquilibrage des roues, le système devrait être recalibré par des professionnels compétents, ce qui prend un certain temps, donc un coût que les assurances sont parfois réticentes à prendre en charge. Enfin, tous ces systèmes dédiés à la sécurité des automobilistes devraient être vérifiés durant les révisions, ainsi que lors du passage au contrôle technique.
Que faire si vous êtes victime d’un freinage fantôme ?
Bien sûr demander une révision et un recalibrage du système AEB tout en sachant qu’il est difficile de faire la part entre une défaillance due à un contexte extérieur qui « trompe » le système et celle due au système lui-même (mauvais calibrage, bug logiciel).
Ensuite signaler l’incident sur le site du SSMVM et remplir le questionnaire.
Qui est responsable en cas d’accident et qui prend en charge les réparations ? Les règles du code de la route s’appliquent. Votre assureur doit prendre en charge les réparations si vous êtes seul concerné. Si vous êtes victime d’un choc par un véhicule qui vous suivait, celui-ci est normalement responsable puisqu’il est censé respecter les distances de sécurité et garder le contrôle de son véhicule.
Peut-on se retourner contre le constructeur ? Celui-ci a tendance à répondre comme l’écrit Renault: « que l’aide supplémentaire à la conduite ne remplace, en aucun cas, la vigilance et la responsabilité du conducteur qui doit conserver, en permanence, le contrôle de son véhicule » ou comme l’a répondu Volkswagen à Que Choisir que « la technologie n’est qu’un outil qui vient compléter, et non remplacer, la vigilance du conducteur ».La responsabilité directe du constructeur sera donc difficile à rechercher et établir. Cela passera nécessairement par des expertises longues et couteuses. Ceci dit l’enquête et le questionnaire mis en ligne par le Ministère des Transports permettront, peut-être, de mettre en évidence des situations récurrentes liées à certains constructeurs, modèles ou équipements (ex. des airbags Takata).
Soyez vigilant quant à l’entretien du système d’AEB. N’hésitez pas à demander son recalibrage au moindre incident et lors des révisions du véhicule.
Ceci dit, si des dysfonctionnements récurrents se produisent, les garanties du constructeur et les garanties légales (de conformité pendant les deux ans après l’achat, de vice caché ensuite) peuvent être invoquées avec toutes leurs conséquences.
En tout état de cause l’UFC Que Choisir, comme elle l’a fait pour les airbags Takata, suivra très attentivement les mesures utiles prises tant par les constructeurs que par les pouvoirs publics pour s’assurer que la sécurité et les droits des consommateurs sont pleinement garantis.




