
La Banque de France vient de publier un rapport sur l’état du surendettement au niveau national en 2025 en France avec des données régionales et départementales.
Notre association fait partie de la Commission de surendettement de l’Hérault. Nous y défendons les consommateurs que nous pouvons aussi aider à déposer un dossier. Voici quelques données pour l’année 2025 issues du rapport national et de celui de la Commission de l’Hérault.
L’Hérault : un département avec une population plus fragile
Le surendettement touche principalement trois catégories de ménages :
- les ménages pauvres, qui sont en dessous du seuil de pauvreté (1288 €) ;
- les ménages aux faibles ressources, fragilisés par des événements de vie imprévus (perte d’emploi, séparation, problèmes de santé, etc.) qui peuvent se cumuler ;
- les ménages en difficulté de gestion de leur budget.
Dès lors plusieurs données concernant l’Hérault concurrent à une situation favorisant le surendettement :
- Un taux de chômage de 10.6 % plus élevé qu’au niveau national (7,6%) ;
- Un niveau de vie annuel de 21800 € plus faible (23080 €) ;
- 19,4 % (14.9%) des ménages sous le seuil de pauvreté.
Un nombre de dossiers déposés en hausse
2782 dossiers ont été déposés dans l’Hérault en 2025 soit une hausse de 10.1% par rapport à 2024 et de 21.5 % par rapport à 2023. Après avoir baissé régulièrement jusqu’en 2020, le nombre de dossiers est reparti à la hausse pour retrouver un niveau comparable à 2019. Avec 262 dossiers pour 100.000 habitants l’Hérault est proche de la moyenne nationale (267), le taux variant entre 164 (Lozère) et 475 (Pas de Calais).
L’endettement moyen des ménages surendettés est de 46376 € supérieur à la moyenne nationale (41142 €) avec pour origine l’immobilier (157862 € en moyenne pour la part des dossiers concernés), les dettes de consommation (25304 €) et celles de charges courantes (6253 € : énergie, fiscalité, charges, …). A noter que la part immobilière est nettement supérieure à celle moyenne au niveau national (116977 €).
En % du montant total des dettes les dettes immobilières représentent 30%, celles de consommation 43%, celles de charges courantes 10 % et les autres dettes 17%. A noter que le nombre médian de dettes de consommation est de 3 par dossier ce qui témoigne d’un recours à plusieurs crédits à la consommation pour essayer de s’en sortir avant de se résoudre à déposer un dossier de surendettement.
Des personnes et des ménages en grande difficulté
41,5% des dossiers concernent des ménages ayant un revenu inférieur à 1122 € (dernier décile) et 62.6 % un revenu inférieur au seuil de pauvreté (1288 €). La capacité de remboursement chaque mois a été estimé nulle par la Commission pour 50.5 % des dossiers recevables
61.7% des dossiers sont déposés par des personnes seules (familles monoparentales, séparées, célibataires, veufs ou veuves) alors qu’elles ne sont que 39 % dans l’ensemble de la population.
54,8% concernent des femmes (leur part dans la population n’est que de 52%).
Répartition par tranche d’âge : 18 à 34 ans : 10.7 % H et 14.1 % F – 35 à 64 ans : 28.5% H et 33.6 % F – plus de 65 ans : 6% H et 7% F. On note au niveau national une forte progression du nombre de dossiers déposés par les jeunes (18 à 29 ans) qui ont augmenté de 36 % en un an. Cette progression est liée à des problématiques logement locales et à un fort taux de chômage (37% des dossiers déposés).
89,4% sont des locataires ou des personnes hébergées à titre gratuit.
26,3% sont au chômage alors que celui-ci dans l’Hérault est de 10.6%. Il existe au niveau national une corrélation entre les zones à fort taux de chômage et celles où le nombre de dossiers déposés est élevé mais leur progression ne s’explique pas toute fois uniquement par le chômage.
Que deviennent les dossiers déposés ?
Après examen par la Commission, la première étape concerne leur recevabilité. 12,2 % des dossiers déposés dans l’Hérault ont été déclarés irrecevables soit pour inégibilité (65.2 %), mauvaise foi (20.8 %) ou absence de surendettement (14%).
Ensuite 58.9% des dossiers recevables ont été orientés vers un réaménagement des dettes en accord si possible avec les créanciers et si cet accord n’aboutit pas en imposant un certain nombre de mesures y compris un effacement partiel de certaines dettes.
40, 8% ont fait l’objet d’un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire (pas d’actif notamment immobilier) avec un effacement total des dettes effaçables et 0.3% d’un rétablissement personnel avec liquidation judiciaire compte tenu d’un actif existant.
In fine 24,1 % de l’encours total des dettes a été effacé soit 22.4 M€ (1300 M€ au niveau national)
Des recours possibles
A chaque étape du dossier (recevabilité, réaménagement des dettes, rétablissement personnel) la personne ayant déposé le dossier ou ses créanciers peuvent faire un recours devant le tribunal pour contester la décision de la Commission. En 2025 dans l’Hérault :
- 4, 9% des dossiers recevables on fait l’objet d’un recours et le tribunal a confirmé la décision de la Commission dans 84.2% des cas ;
- 19.3% des dossiers irrecevables confirmés dans 67,2% des cas ;
- 25% des dossiers avec des mesures imposées sans rétablissement personnel confirmés dans 24.6% des cas ;
- 14.6% des dossiers avec des mesures imposées avec rétablissement personnel confirmés dans 45.3% des cas.
Conclusion et conseils
Ces données mettent en évidence quelques éléments marquants dont certains plus accentués dans notre département ;
- Une hausse du nombre de dossiers déposés, qui reste néanmoins en net retrait par rapport à 2014 et qui témoigne d’un accroissement de la fragilité des ménages. Cette hausse est particulièrement nette chez les plus jeunes.
- Les femmes, les familles monoparentales, les personnes seules, les chômeurs sont autant de situations propices au surendettement.
- L’impact du coût du logement pour les locataires et le nombre de crédits à la consommation dans les dossiers.
- Et enfin les décisions de la Commission, dont les mesures sont parfois contraignantes pour les surendettés, mais pour qui l’effacement significatif des dettes peut être l’occasion de repartir dans des conditions budgétaires plus favorables.
C’est pourquoi nous ne pouvons que reprendre nos conseils figurant dans notre dossier sur le surendettement, notamment celui de ne pas attendre pour déposer un dossier au risque de voir sa situation s’aggraver. La Banque de France elle-même déplore les freins qui dissuadent de se déclarer en surendettement, une procédure qui permet de suspendre, étaler ou effacer partiellement ses dettes. « Recourir à la procédure de surendettement fait hésiter presque 80% des femmes et des hommes. Le sentiment de honte et de gêne à l’idée de se déclarer surendettées est plus fort chez les femmes »; s’élevant à « 59%, 5 points de plus que pour les hommes ».




